Collectifs du Rhône pour un Nouveau Parti Anticapitaliste

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Alain Krivine, toujours au combat. Rencontre avec un des acteurs majeurs de mai 68 PDF Imprimer Email
Initiatives
Dimanche, 10 Juin 2018 17:55

pour un avant goût avant le meeting de mardi 12 juin
interview d'Alain Krivine, reçu par le journal « le Travailleur catalan » :

« A l’occasion de sa visite à Perpignan pour une réunion publique du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) sur les évènements de mai 68, Alain Krivine, ancien leader de la Ligue Communiste Révolutionnaire et candidat à plusieurs reprises à l’élection présidentielle, a bien voulu nous accorder un entretien. Il s’est dit heureux que notre hebdomadaire qui « est connu au-delà du département » lui donne la parole. Il souligne que les rapports ont considérablement changé entre « nous et le PC et qu’il serait souhaitable qu’un accord politique se fasse entre toute la gauche de transformation sociale pour s’opposer à la politique néfaste de Macron, au-delà des élections ».

Alain Krivine  « je retiens deux choses de mai 68 :
- D’abord la force du spontanéisme du peuple sans intervention des partis. Des milliers de jeunes, de femmes et  d’ouvriers se sont mobilisés et ont découvert l’engagement politique», citant Trotski « Quand il y a un immense mouvement populaire, les gens sont quotidiennement méconnaissables ».
- «  En même temps , je pense que les partis sont nécessaires pour donner une perspective à un mouvement social »[…] «  je suis pour refaire un mai 68, mais qui, cette fois réussisse politiquement. Il ne peut y avoir d’alternative anticapitaliste crédible sans action des partis politiques hors échéances électorales, et en cela, « je me démarque de la position d’un Jean Luc Mélenchon ou du PCF ».
Avec une pointe d’humour , il note que sa défiance vis-à-vis des élections ne l’a pas empêché d’être député européen, rappelant son mot d’ordre « élections, piège à cons » lors de la convocation des législatives de juin 68.

Le ras bol de la politique de Macron est général mais il manque une alternative crédible.

« Macron, avec son mot d’ordre ni gauche ni droite, c’est du baratin. Au bout d’un an les gens se rendent bien compte qu’ils ont été trompés et il n’y a sans doute jamais eu un sentiment anticapitaliste aussi fort  qu’aujourd’hui, mais ils sont plus paumés qu’en 68 ! » . Il ajoute « aujourd’hui on a  une droite qui mène une politique d’extrême-droite et une pseudo gauche qui mène une politique de droite », en référence au PS et aux années Hollande, avec les lois El Khomri et la mise à mal du code du travail. « Macron est un type de droite, très à droite et il est nécessaire de faire l’unité des révolutionnaires et des réformistes, ... au moins pour se débarrasser de ce grave danger ». A la question de son positionnement sur l’initiative autour de la « marée populaire », il y apporte son soutien total. « Il faut être unitaire , c’est fondamental. C’est un début , une première vague et aller plus loin avec de grandes manifestations et la grève générale ; non plus des grèves perlées qui  désamorcent un peu tout le monde. »

La montée du fascisme en Europe et dans le monde devient très préoccupante.

A la question de la montée des mouvements fascisants en France et en Europe, Alain Krivine est catégorique. « Quand il y a une crise économique et qu’il n’y a pas d’alternative anticapitaliste crédible, l’extrême-droite devient crédible ». « Je crois qu’aujourd’hui être plus anti-immigrés qu’anti patrons, c’est malheureusement plus populaire et c’est terrible.» « Ceux qui profitent de la crise au niveau mondial, ce ne sont pas les anticapitalistes,  on le voit en Amérique latine, en Asie dans les pays du Maghreb, c’est la droite fascisante qui ressurgit. ». « Je suis pour qu’on prenne à bras le corps la question du pouvoir politique » et citant les exemples de Podemos, de Syriza ou des Zapatistes, il pointe que ces mouvements « qui ont connu une vraie popularité rencontrent des difficultés parce qu’ils négligent la question du pouvoir politique et ne veulent pas rompre clairement avec le capitalisme. ». Partout « ce sont des politiques d’austérité qui sont menées, aussi bien par la gauche que par la droite .»

Il conclut « je n’ai jamais vu des élections déboucher sur une vraie politique sociale, mais plutôt des mouvements sociaux qui amènent, y compris à travers des élections, des résultats concrets, comme en 1936. » et il dira un mot sur la Catalogne affirmant : « je suis clairement pour la libération des prisonniers politiques et l’autodétermination du peuple catalan, comme pour tous les peuples ; c’est aux catalans de déterminer leur avenir, tous les internationalistes devraient être sur cette positon. »

Propos recueillis par Roger Rio. »