Collectifs du Rhône pour un Nouveau Parti Anticapitaliste

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L'écologie : nécessairement anticapitaliste ! PDF Imprimer Email
Écrit par NPA   
Lundi, 17 Juillet 2017 14:30

Chapitre 1 :

La dégradation de l'environnement et les dangers pour l'humanité

 

La question du réchauffement climatique

Le changement climatique commence à apparaître de manière visible dans nos vies. Les hivers sans neige, le chant des cigales à Lyon, l'apparition dans le Midi de la France de certaines espèces de moustiques qui n'existaient que dans les régions tropicales. Le seuil de 2° considéré comme dangereux sera très probablement franchi quoi qu'on fasse.

Un petit rappel sur les mécanismes du réchauffement climatique : quand le soleil chauffe la terre, une partie du rayonnement est renvoyée vers l'espace. Mais pas la totalité car l'atmosphère retient la chaleur et maintient une partie de ce rayonnement au niveau du sol. Sans cette particularité, la température moyenne de la terre serait de -18°. Ce mécanisme qui a été favorable à la vie est en train d'être gravement perturbé. Le gaz carbonique est le principal contributeur à effet de serre. Or le fait de brûler du pétrole, du gaz et du charbon a pour effet d'élever considérablement le taux de gaz carbonique dans l'atmosphère, qui est passé de l'ère industrielle de 280 ppm à 380 : c'est une augmentation considérable.

Le gaz carbonique n'est pas le seul gaz à effet de serre : il y a aussi le méthane. Sa concentration dans l'atmosphère a plus que doublé. Or le méthane bien que présent en très petite quantité est 14 fois plus puissant que le gaz carbonique comme gaz à effet de serre. Le méthane provient de la décomposition des matières organiques, pour partie de l'agriculture.

La troisième composante importante des gaz à effet de serre est la famille des oxydes nitreux. Leur augmentation est aussi considérable. Ces gaz peuvent être entre 100 et 300 fois plus puissants que le gaz carbonique pour réchauffer l'atmosphère. Les oxydes nitreux proviennent de l'industrie et en partie de l'agriculture.

Pourquoi a-t-on dit qu'il ne fallait pas dépasser 2° d'augmentation ? Dans les risques du réchauffement climatique, il n'y a pas seulement le fait que demain il risque de faire plus chaud qu'aujourd'hui, mais aussi des risques d'emballement. Au-delà d'un certain seuil qu'on ne sait pas très bien définir, le climat peut se modifier de manière extrêmement brutale pour arriver à des températures qu'on n'a pas vues sur Terre depuis plus de 100 millions d'années.

On peut avoir un aperçu de ce mécanisme avec la fonte de la banquise de l'océan Arctique. Autour de l'an 2000 on prévoyait une fonte de la banquise en 2050 qui permettrait aux bateaux de traverser sur une mer libre de glace au cours de l'été. Nous sommes en 2017 et c'est déjà le cas : que s'est-il passé ? Quand la glace commence à fondre, la couleur blanche et brillante ne reflète plus le soleil et celui-ci se met à chauffer l'eau directement, ce qui accélère la fonte de la glace. Très au-delà des prévisions des modèles du GIEC, les régions arctiques ont connu au cours de l'été 2016 des températures supérieures de 6° aux températures habituelles du siècle dernier. Cette combinaison de fonte des glaces et de réchauffement de l'eau qui accélère la fonte des glaces s'appelle un phénomène non linéaire.

Un autre exemple de ce type de phénomène, c'est la fonte des glaciers du Groenland et d'Alaska : leur régression est beaucoup plus rapide que prévu. Une chose n’avait pas été suffisamment prise en compte par les modèles : ils intégraient uniquement l’apport supplémentaire de chaleur solaire. On s’est aperçu que la fonte des glaciers en surface provoque des rivières sous glacières qui sapent la base des glaciers et accélèrent leur glissement vers la mer. Ce glissement peut être cinq fois plus rapide que le mouvement normal des glaciers. La fonte accélérée des glaciers, qui se disloquent dans la mer sous forme de gigantesques icebergs, va provoquer une élévation plus grande que prévu du niveau de la mer.

Mais le plus inquiétant des phénomènes d'accélération pourrait être la fonte des sols gelés des régions arctiques. Ces sols ont accumulé plusieurs mètres, voire plusieurs dizaines de mètres, de matières organiques, des herbes, des lichens, qui poussent chaque été au moment du dégel sur une couche superficielle et qui sont progressivement enfouis dans la glace d'année en année. Une fonte brutale et en profondeur de ces sols provoquera une fermentation de ces matières organiques qui vont relarguer en très peu d'années d'immenses quantités de méthane dans l'atmosphère. On a déjà observé dans les régions arctiques des lacs qui se forment dans les bas-fonds et qui bouillonnent comme une casserole à ébullition à cause du méthane qui se dégage. L’accélération du réchauffement provoquera une accélération de la fonte et de la fermentation du permafrost (pergélisol).

Et pour élargir le tableau (qui n'est pas complet, on pourrait aussi parler des forêts), il faut aussi prendre en compte le pouvoir absorbant de la mer, qui en permanence capte le gaz carbonique grâce aux algues et à divers micro-organismes. Ce pouvoir absorbant sera diminué par le réchauffement et l'acidification de l'eau. Pendant que l'on relarguera davantage de gaz carbonique et divers gaz à effet de serre, la mer en absorbera de moins en moins.

Si tous ces effets d'accélération se cumulaient, nous aurions un emballement du réchauffement qui nous conduirait à une catastrophe ingérable.

Une montée du niveau de la mer peut rendre inhabitables et impropres à l'agriculture de nombreuses zones côtières, en particulier les deltas des grands fleuves. Avec une élévation d'un mètre, même si ces terres n’étaient pas totalement inondées, le niveau maximum des marées ferait qu’elles deviendraient salées et incultes. Une grande partie du Bangladesh deviendra inhabitable.

Près de chez nous, le Rhône et le Nil forment des deltas, mais de manière beaucoup plus vaste, les grands fleuves asiatiques qui ont formé des plaines côtières immenses, densément peuplées, fournissent une grande part de l’agriculture des pays.

La fonte de la calotte glacière dans la région arctique provoquerait une élévation du niveau de la mer de 6 à 8 mètres à l’échelle de 3 à 5 siècles. Les plus grandes villes du monde, New York, Changaï, Rio, sans parler des Pays-Bas, seraient submergées. Ce processus, maintenant qu’il est lancé, semble irréversible.

Ici, à Lyon et dans la vallée du Rhône, nous sommes directement concernés par la fonte des glaciers. Le Rhône est un fleuve glaciaire : pendant l'été la majorité de son flux provient de la fonte des glaciers des Alpes. Or s'il n'y a plus de glacier, son débit à l'étiage sera si faible qu'il sera impropre à la navigation, qu'il ne pourra plus refroidir les centrales nucléaires, ni être utilisé pour l'irrigation des cultures de la vallée du Rhône.

La fonte des glaciers de l'Himalaya serait encore plus dramatique. Les grands fleuves d'Asie y prennent leur source et l'approvisionnement en eau pendant l’été de plusieurs régions de Chine, d'Inde et du Pakistan serait extrêmement fragilisé.

Mais nous devons déjà mesurer l'effet d'un réchauffement climatique de 2°, seuil en dessous duquel il sera très difficile de se tenir. Le GIEC, organisme international d'étude du climat, composé de scientifiques collaborant à l'échelle du monde entier, estime qu'avec le niveau de réchauffement sur lequel nous sommes lancés, il y aura 250 millions de réfugiés climatiques dans le monde en 2050. 2050, c'est demain. Des parties entières du monde risquent de devenir inhabitables.

250 millions de réfugiés : imaginons ce que ça signifie en comparaison des 5 millions de réfugiés syriens de ces dernières années. Nous voyons là que quoi qu'il arrive, tous les pays auront à gérer des mouvements de population de grande ampleur. Le délire actuel contre les réfugiés ne nous y prépare pas. Pourtant nous savons bien que quand c’est une question de vie ou de mort, les gens passent les frontières, franchissent la mer sur des barques, traversent les murs de barbelés. Nos États seraient bien avisés d'apprendre à gérer correctement l'arrivée de réfugiés qui, de toutes façons, viendront. Si nous ne leur donnons pas des conditions d'accueil et de vie correctes, nous irons au devant de graves problèmes sociaux.

Pour limiter les effets du réchauffement climatique, il faudra arrêter complètement l'extraction des combustibles fossiles. Des scénarios pour se passer des combustibles fossiles en 2050 ont été établis : ce n’est pas leur faisabilité technique qui est en cause. Mais si on déclarait aujourd’hui que les champs pétrolifères, les gisements de charbon, les puits de gaz naturel ou de schiste n'ont plus aucune valeur financière, ce sont les bourses mondiales qui s’effondreraient. Les possessions des compagnies pétrolifères et minières de l’énergie sont au premier ou au deuxième rang des bourses du monde. ExxonMobil représente à lui seul autant que le PIB de l’Autriche. C’est le pilier du capitalisme, la Bourse, qui est remise en cause.

Sur le plan industriel aussi, arrêter de fabriquer à l’autre bout du monde remet en cause le modèle basé sur la concurrence et la recherche du toujours moins cher. Sur ce plan aussi, sortir des énergies fossiles est totalement incompatible avec le capitalisme.

Pour lutter contre le réchauffement climatique, les États capitalistes du monde ont inventé le commerce des droits à polluer. Ce principe est sans précédent : vingt ans plus tôt, une action internationale de grande ampleur avait été entreprise pour lutter contre les gaz qui détruisent la couche d'ozone. Le principe était alors qu'un certain nombre de gaz polluants seraient progressivement interdit. On peut considérer que cette action a été couronnée de succès. Mais avec le réchauffement climatique c'est un autre procédé qui est adopté : pour polluer il faudra payer. Le principe réglementaire a été totalement abandonné. La gestion des problèmes par la loi a été remplacée par la gestion des problèmes par le marché. D'un point de vue légal, c'est un peu comme si on finançait les braqueurs de banque pour qu'ils cessent de braquer.

Du point de vue de l'efficacité, c'est totalement inopérant : l'utilisation des énergies fossiles continue d'augmenter au rythme de 3 % par an. La première conséquence est que l'air est devenu une marchandise qui est cotée en bourse. On aurait le droit de polluer ici si on dépolluait ailleurs : ainsi des compagnies d'aviation sont incitées à planter des forêts pour compenser leurs émissions. Mais les forêts sont plantées au détriment des paysans locaux qui sont expropriés et chassés de leurs terres. On plante des forêts ici, et on continue à les détruire partout ailleurs. On plante des forêts mono-espèce, de type pins ou eucalyptus, pendant qu'ailleurs on détruit des forêts naturelles et foisonnantes de vie.

 

La question de la biodiversité

La surpêche dans les mers et les océans nous donne une idée de ce que peut être un effondrement de la biodiversité : des millions de kilomètres carrés d'océan sont totalement dévastés par les gigantesques filets qui raclent le fond et ne laissent rien de vivant derrière eux. Les forêts sont détruites à grande vitesse, et ce ne sont pas seulement les arbres qui disparaissent mais toute la vie qui se trouve à l'intérieur. Dans nos campagnes, dans certains secteurs, il n'y a plus d'insectes à cause des épandages massifs d'insecticides, et par voie de conséquence, il n'y a plus d'oiseaux.

Ce n'est pas seulement la question de la disparition de telle ou telle espèce prise isolément qui est un jeu, comme les orangs-outans, certains batraciens ou chauves-souris, c'est aussi l'équilibre de l'ensemble qui est perturbé. Car les espèces sont interdépendantes : certains insectes pollinisateurs sont spécifiques de certaines plantes, la disparition des uns entraîne la disparition des autres, ensuite disparaissent des êtres vivants qui se nourrissent de ces plantes et de ces insectes. Certains appellent la phase que nous vivons anthropocène, le nom d'une nouvelle ère géologique, pour signifier la puissance des effets sur la terre entière, comparables aux mouvements de l'écorce terrestre, ou du choc d'un astéroïde qui a provoqué l'extinction des dinosaures. Effectivement, la vitesse de disparition des espèces que nous connaissons est aussi rapide que lors des périodes de grandes extinctions. Mais le terme est impropre car ce n'est pas "l'homme" en général qui est responsable mais un système productif bien particulier qui s'appelle capitalisme, qui n'est pas naturel, qui n’est le propre de l'espèce humaine, et qui peut être remplacé.

 

La question de l'empoisonnement chimique de l'environnement

Tout le monde a entendu parler de la destruction massive des abeilles. Ce n'est que la partie visible parce que des gens en vivent : c’est leur métier et ils donnent l'alerte. Mais en arrière plan, c'est la destruction massive d'insectes, d'oiseaux, etc., que personne ne remarque. Les criquets, les mésanges, les chauves-souris, ce n’est pas l’objet d’un métier, d’une source directe de revenu : personne ne mesure les incidences économiques directes de leur disparition. Or, dans notre société, ce qu’on ne mesure pas avec des euros ou des dollars, « ça n’existe pas ».

La toxicité sur l'homme des produits qui tuent les insectes n’est pas apparue immédiatement. On s'aperçoit peu à peu qu'ils agissent à des doses extrêmement faibles, notamment sur le développement de l'embryon humain. Des corrélations ont été démontrées entre l'augmentation des cas d'autisme et la présence de pesticides dans les urines de femmes enceintes.

Une prise de conscience de la nocivité de certaines substances a commencé à se faire jour à travers les luttes syndicales suite aux maladies liées à l'amiante, au plomb, au benzène, à des cancers liés à l'exposition lors du travail. Une véritable expertise syndicale a vu le jour. Elle peut être un point d'appui pour étendre ces luttes au-delà de l'exposition des travailleurs, jusqu'à l'utilisation finale des produits. De ce point de vue, nous pourrions développer un éco-syndicalisme qui, au-delà des conditions de travail, engagerait la lutte sur la question des finalités de la production, l'usage des produits, leur toxicité, leur empreinte écologique, leur durabilité.

 

La question nucléaire

Depuis que le nucléaire existe, nous en sommes à trois accidents graves avec fusion du cœur du réacteur. Une fois, le cœur fondu est resté confiné dans l'enceinte en béton (Three Mile Island, aux USA). Les deux autres fois, il a été libéré à l'extérieur : à Thernobyl et à Fukushima. Si un accident de type Tchernobyl survenait dans la vallée du Rhône où il y a 4 centrales et une quinzaine de réacteurs, le cœur fondu n'irait pas polluer la mer mais il partirait dans le fleuve, rendant la vallée du Rhône toxique pour des siècles, ou au minimum impropre à l'agriculture.

Mais il n'y a pas que le risque : la gestion des déchets radioactifs nous projette sur des temps qui s'expriment en dizaines de milliers d'années.

Sans tenir compte du risque, le coût des déchets et du démantèlement n'est pas pris en compte à sa juste mesure, ce qui fait que l'électricité nucléaire est vendue à prix bradé, en dessous de ce que serait son véritable coût. Pour le nucléaire comme pour les entreprises, les bénéfices sont pour les entreprises et les pertes ou les coûts induits sont pour la collectivité.

Pour le NPA, il faut sortir du nucléaire en dix ans.



Chapitre 2 :

L'écologie implique un autre regard sur le monde

Le monde vu comme une mécanique :

Les OGM : il suffirait d'échanger des pièces (des gènes) pour obtenir de nouvelles propriétés des êtres vivants. Bien avant l'invention des OGM, la conception des semences sélectionnées a obéi à des principes qui ont été radicalisés par les semences OGM : une sélection qui visait à fabriquer des semences identiques, diffusées dans le monde entier, et indépendantes des milieux auxquels elles étaient destinées. Par conséquent, ces semences ne pouvaient fonctionner qu'à l'aide de béquilles chimiques, d'engrais, pesticides et de fongicides. Une autre propriété de ces semences est que, quand elles sont obtenues par hybridation, elles sont instables. De ce fait les agriculteurs sont obligés de les renouveler, de les racheter régulièrement.

Depuis presque un siècle, les semences sélectionnées uniformes ont remplacé les variétés locales adaptées au terrain et au climat : elles ont accompagné la montée en puissance de l'industrie chimique et semencière.

Avec les engrais et les pesticides, « il suffit » d'ajouter ce qui manque pour faire pousser les plantes et détruire les parasites et adventices, pour augmenter les rendements. Par ce procédé, on crée des plantes qui ne peuvent vivre qu'avec l’appoint des engrais et pesticides, on perd les variétés locales, on perd les compétences agronomiques qui permettent de comprendre les interactions entre les plantes et leur milieu.

La conception du vivant comme une mécanique accompagne l'uniformisation mondiale des semences, l'utilisation massive d'engrais et de pesticides : elle est en parfaite adéquation avec la stratégie des multinationales.

Le vivant n'est pas une machine, ce n'est pas un assemblage de pièces, c'est un équilibre d'interactions.

Et pourtant les cerfs ne mangent pas de poissons. Dans des parcs naturels aux États-Unis, on a constaté une régression massive du nombre de cerfs. Ni l'augmentation du nombre de prédateurs (les ours) ni l'apparition de nouvelles maladies ne pouvait expliquer le phénomène. On s'est aperçu que le comportement des ours avait changé : ils s'étaient mis à dévorer les jeunes cerfs. C'est parce qu'ils n'avaient plus de poissons à manger dans les rivières qui étaient polluées. Nous voyons l'apparent paradoxe de la disparition des cerfs liés au manque de poissons. Un bon exemple de la complexité du vivant.

Les morues de Terre-Neuve : il ne peut y en avoir que beaucoup ou aucune. La surpêche de la morue dans la région de Terre-Neuve a entraîné la disparition totale de cette espèce dans le secteur. Ni l'interdiction de la pêche à la morue, ni l'introduction artificielle de nouveaux poissons n'ont permis que cette espèce réapparaisse. À cause des prédateurs, les requins, les morues ne peuvent survivre que si elles sont rassemblées en banc serré de plusieurs dizaines de milliers. Les quelques dizaines de poissons qui peuvent réapparaître sont systématiquement mangés par les requins.

La pêche en Irlande : en Irlande au début du XXe siècle, on péchait autant de poissons avec des barques qu'on en pèche aujourd'hui avec de puissants chalutiers traînants des filets de plusieurs kilomètres. La population de poissons a tellement régressé qu'on va les chercher de plus en plus loin et de plus en plus profond. Mais le massacre continue, et moins il y a de poissons plus on racle la mer.

Les baleines : à l'échelle mondiale, les baleines mangent autant de tonnes de poissons que n'en mangent les humains. Cela devrait nous alerter, non pas sur le fait que les baleines sont nos concurrentes, mais que les ressources de la mer sont beaucoup plus grandes qu'on ne l’imagine. Ce que l'on appelle épuisement des ressources ne serait-il pas tout simplement la destruction des ressources existantes par la surpêche, l'utilisation de techniques inadaptées comme les chaluts qui raclent le fond et détruisent tout, la pollution ?

Cultures associées : les orges d'hiver sont très sensibles aux insectes parasites et beaucoup de récoltes sont perdues quand les semences ne sont pas traitées par des pesticides. Mais la même plante associée à de l'avoine ne subit aucun dégât. Autre exemple : les céréales ont besoin d'apport d'azote pour pouvoir se développer. Mais les céréales associées à des pois, qui sont des légumineuses, trouvent l'apport d'azote nécessaire à leur croissance. Or cette association est très utile pour nourrir les animaux, car elle remplace l’importation de soja.

C’est une autre conception de l'agriculture, de la pêche, des parcs naturels qu’implique une vision écologique et non plus mécanique du monde. Une autre conception de la recherche agronomique : il ne s'agit pas seulement de chercher ce qui manque aux plantes ou aux sols pour faire de l'agriculture, mais de comprendre les interactions, d'adopter des variétés locales, d'orienter la sélection vers l'adaptation au milieu, de rechercher les associations qui sont les plus pertinentes. C'est Ie siècle de recherche agronomique qu'il faut critiquer.

Écologie de l’organisation sociale : l'organisation moderne du travail, ce sont des travailleurs interchangeables, conçus comme des pièces mécaniques, accessoires des machines. Les collectifs de travail sont systématiquement détruits, les compétences ne sont pas reconnues, tout le savoir est placé dans des procédures. Nous sommes tous submergés par les procédures. Une conception du travail fondé sur l'interaction, la solidarité, le partage des compétences, est à l'opposé du travail flexible, de l'organisation par projets, de la comptabilité financière de chaque minute de travail. C'est la même conception mécanique du monde qui détruit la nature et qui fait souffrir les êtres humains.

Considérer le monde comme une mécanique et les humains comme des pièces interchangeables détruit à la fois les sources de toute richesse : la nature et le travailleur.



Chapitre 3 :

L'écologie n'est pas un problème isolé : c'est l'ensemble de la société qui est concernée

Le réchauffement climatique et les réfugiés. Si 250 millions de réfugiés doivent être accueillis dans 30 ans, la question écologique deviendra alors un problème géopolitique. À l'intérieur de chaque pays, c'est la question de l'accueil, de la nationalité, de qui est citoyen, qui devront être entièrement revus. Nous n'en prenons pas le chemin.

Les délocalisations. Avec les délocalisations, nous sommes confrontés à la concurrence internationale entre travailleurs qu'organisent les capitalistes. De ce fait, les délocalisations sont au croisement des problèmes écologiques liés au transport, à la réglementation environnementale différente selon les pays, et à la précarité des travailleurs partout dans le monde. Dans une société socialiste, le contrôle des travailleurs sur la production ne pourrait se faire qu’avec des productions relocalisées, qui intègrent dans une même zone toutes les phases de la production, et qui sont à proximité des lieux de consommation pour éviter les transports et permettre le recyclage.

Transports gratuits en zone urbaine et périurbaine. Pour limiter l'utilisation des voitures, les transports gratuits pourraient être une mesure très efficace. Là aussi, amélioration des conditions de vie et écologie peuvent aller dans le même sens. Mais il ne faut plus chercher à faire des profits avec des entreprises de transports privées.

Les autoroutes : lutter contre l'extension des autoroutes, c'est aussi comprendre ce qui est en arrière-plan de cette frénésie de transport. En plus du transport inutile de marchandises en tous sens, ce sont les déplacements de travailleurs qui créent aussi cette demande. Certaines zones sont sinistrées par la désindustrialisation. Les gens sont obligés d'aller loin pour chercher du travail. Le chômage et la précarité exacerbe ce besoin de transport. De plus, dans certaines zones urbaines, les prix du logement sont tellement prohibitifs que les travailleurs modestes sont obligés d'habiter de plus en plus loin. L’ouverture de nouvelles autoroutes devient alors l'occasion d'ouvrir de plus en plus loin de nouvelles zones constructibles avec tout ce que ça implique d'emprise sur le sol, de coûts annexes comme l'assainissement, la voirie. Les luttes contre les autoroutes, contre l'habitat dispersé, contre la spéculation foncière, contre la précarité du travail sont intimement liées. Là aussi il n'y a pas d'écologie séparée du social.

Économie circulaire. Il y a quelques années à Lyon, une usine de fabrication de lave-linge, avec 400 salariés, était fermée pour cause de délocalisation en Pologne. Un groupe de salariés avait proposé de reconvertir l'usine de façon à récupérer toutes les machines à laver hors d'usage de la marque, de les remettre à neuf en remplaçant pour un coût réduit les pièces défectueuses. Ce projet appelé économie circulaire a été soumis aux élus locaux de l'agglomération et de la région afin qu'ils le soutiennent. Mais le fabricant des machines neuves s'y est opposé en raison de la protection de la marque. Il aurait fallu contester ce droit à la marque mais évidemment les élus locaux, Europe-Ecologie-les-Verts compris, sont passés sous la table. L'usine est fermée. Nous voyons que l'écologie et le social ne peuvent être liés qu’à condition d'être anticapitalistes. Mais les élus, quand ils ne sont pas anticapitalistes, fussent-ils écologistes, sont des lâches.

Croissance ou réduction du temps de travail. Continuité du salaire. Face à l'efficacité de plus en plus grande des processus de production, à l'automatisation et à la robotisation, les gouvernants prétendent que la seule solution au chômage est la croissance. À l'opposé, nous revendiquons une réduction massive du temps de travail, tout de suite à 32 heures comme le revendiquent certains syndicats, mais ce ne serait pas suffisant et probablement faudrait-il aller à 28 ou 25 heures pour résorber entièrement le chômage et améliorer les conditions de travail.

Un programme écologique radical impliquerait une réorganisation complète de la production : la fermeture des centrales nucléaires, de l'industrie d'armement, et de bien d'autres productions inutiles ou dangereuses. La seule solution pour que cette transition soit acceptable serait de garantir les salaires de tous les travailleurs quel que soit le destin de leur entreprise. C'est une revendication pour tout de suite, au sens où elle procède de l'interdiction des licenciements. C'est aussi une revendication pour la transition écologique.

Un peu de maths pour finir :

Les propriétés de la multiplication par deux : la croissance disent les gouvernements et les capitalistes. Ils n'ont que ce mot à la bouche. La croissance mondiale est aujourd'hui de 3 % par an. Ils trouvent que c'est insuffisant. 3 % de croissance, c'est multiplier la production par 2 tous les 23 ans. Si vous doublez en 23 ans, et que vous doublez encore 23 ans plus tard, vous multipliez par plus de 16 en un siècle, par 360 en 200 ans, et par 10 000 milliards en 1000 ans. (vous avez bien entendu, et si vous en doutez, prenez votre calculette et faites 2 puissance 43 : en effet, on multiplie par deux 43 fois en 1000 ans avec une croissance de 3 %). Appliquée à la production de voitures, de béton, d'autoroutes, une croissance de 3 % par an dépasserait le volume de la planète Terre.

Poser le problème ainsi montre à quel point la croissance comme principe infini est une idée absurde. S’il y a des instituteurs dans la salle, je vous invite à donner de tels exercices de multiplication par 2 aux enfants. Ça éduquera aussi les parents.

Une autre propriété de la multiplication par deux est la suivante : aujourd'hui la croissance de l'extraction des énergies fossiles et de 3 % par an, comme la croissance mondiale. Donc ça double tous les 23 ans. Dans le prochain cycle de 23 ans, nous allons extraire autant de pétrole, de gaz et de charbon qu'on en a sortis de terre dans toute l'histoire de l'humanité. Et il en sera de même dans le cycle suivant. Il y aura bien un jour où ça devra prendre fin. Mais malheureusement, brûler tout ce qu'il y a sous terre rendrait la vie sur Terre impossible.

 

Conclusion

Il n'y a pas de possibilité d'un capitalisme vert. Le capitalisme, par définition, considère la terre, les plantes, les animaux, les humains comme des choses que l'on utilise en fonction de la rentabilité.

De manière beaucoup plus profonde, l'époque moderne s'est constituée autour de l'idée que l'homme doit être maître et possesseur de la nature. La religion a séparé le corps et l'esprit, elle a prétendu refouler une prétendue part animale de l'homme du côté du mal.

L’écosocialisme, c’est donc beaucoup plus que le contrôle rationnel des moyens de production. Il ne suffirait pas de supprimer la propriété privée. C’est une réorganisation de fond en comble des moyens de produire et bien au-delà : protéger la nature, c'est encore se situer en dehors de la nature alors que nous sommes la nature. L’écosocialisme, c’est une transformation radicale des mentalités. L'écosocialisme n'est pas seulement un autre rapport à la nature, une nature qui nous serait extérieure et qu'il faudrait protéger. C'est une transformation conjointe de la vie en société et de notre rapport à la nature qui est en jeu.

L'écosocialisme, à l'opposé de toute vision pessimiste d’un avenir fait de privations « pour sauver la planète », dessine plutôt les contours d'une société où on vivrait mieux. C'est sur cette aspiration à vivre mieux que nous devons nous appuyer pour mener le combat. Une transformation écosocialiste du monde, non seulement nous protégerait de bien des malheurs, mais permettrait aussi d'améliorer les conditions de vie. En finir avec l'usage de la voiture, avec les appareils que l'on remplace tous les trois ans, le gaspillage généralisé et l'obsolescence programmée, travailler moins, accéder facilement au logement, peut compenser largement ,en termes de qualité de vie, la consommation de masse que le capitalisme présente comme l'accès au bonheur.

Gérard Vaysse


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Mis à jour le Lundi, 17 Juillet 2017 14:54